Charmant. Vraiment charmant. Aux oubliettes les terminaisons dans les aigus de ses émissions de télévision. La voix désormais douce et grave, Frédéric Mitterrand a conquis son monde, hier, à Lyon.
Après avoir joué le guide dans son ministère la veille, le ministre s'est laissé conduire dans la ville. Sur le plan patrimonial, la visite, chronologique, débute par les origines, au musée gallo-romain qu'il « adore », et pour finir, la Duchère, avec une fresque dessinée sur des palissades de chantier. Dans l'intervalle, un détour par le musée des Tissus et des Arts décoratifs. Pourquoi là ? « Frédéric Mitterrand aime le tissu », confiera une employée de l'institution. Ah. Il trouvera néanmoins les meubles « sublimes ». Pour la peine, le neveu du tonton repartira avec une cravate, un étui à lunettes et un marque-page. En tissu. Alors qu'il demande si tout va bien dans le musée, la délicate directrice souffle un « oui ». « Sur place, je rencontre toujours des gens qui disent que tout est parfait, et quand je suis à Paris, on me raconte que la situation est épouvantable ! ». La Biennale d'art contemporain, zappée, fera l'objet d'une prochaine visite ministérielle, le 1er octobre prochain. « Car, il lui faut plusieurs heures pour cela », relève un membre de son cabinet. Mais le ministre mouille également la chemise en participant à un débat à l'opéra, organisé dans le cadre du « forum Libération ». « Tu vas bien monsieur le ministre ? » lui lance gentiment l'organisateur en l'accueillant. Il faut dire que l'hôtel de ville s'est transformé, le temps d'un week-end, en une annexe parisienne délocalisée de « vus à la télé ». Dans un opéra assorti au code couleur du quotidien national, Frédéric Mitterrand disserte ensuite longuement avec le cinéaste allemand, Walker Schlöndorff, sur « l'identité culturelle de l'Europe ». Anecdotes, humour, délicatesse, références. « Arrêtez de m'appeler Monsieur le ministre, on n'est pas avec des généraux ! », lance Frédéric Mitterrand à la salle. Ce sera donc, « Monsieur Frédéric » pour ce Lyonnais. Franc succès, donc, pour cette causerie. « C'est celle qui a fait le plus le plein. Plus que Cohn-Bendit », confie un ouvreur. Après un déjeuner à la brasserie Georges, le ministre monte à la Duchère. Au pied d'une barre, cuivres et percussions de l'orchestre national de Lyon jouent un air gai et entraînant. « Nino Rota ! ». Le gagnant est… Frédéric Mitterrand. Départ en accéléré vers la palissade, accompagné du maire de Lyon et de nombreux élus sur fond de James Bonderie musicale. Au balcon, le peu d'habitants présent est plutôt flatté de voir le ministre de la Culture, « le fils… à l'ancien président ». Et, au fait, une interview, c'est possible ? « Vous n'avez pas l'autorisation. Et puis, vous ne le connaissez pas. Avec vos questions, il ne pourra pas répondre en deux minutes. ça va durer. Et on est déjà très en retard ! ». Le connaître ? On ne rêve que de ça !
Sophie Majou
« Le cinéma l'Odéon ? On ne peut pas me dire qu'une salle va mourir »
« On ne peut pas me dire impunément, à moi, qu'une salle va mourir ! ». Frédéric Mitterrand, autrefois aux manettes d'Etoiles et Toiles, est interpellé dès son arrivée à l'opéra pour un débat, hier matin, par des employés des CNP (cinéma national populaire) lyonnais. Le ministre prend d'abord le tract qu'on lui tend, puis écoutera les deux Lyonnais l'informant de la fermeture de l'Odéon, rue Grôlée (Lyon, 2e), « l'une des trois salles de cinéma les plus anciennes au monde ». Voilà donc un ministre qui « en arrivant à Lyon, apprend qu'il y a un problème concernant une salle de cinéma et dont il n'a jamais entendu parler… ». Un problème de… « communication » dans ses propres services, relève Frédéric Mitterrand. « Un enjeu pour moi de faire ça autrement ». « L'information avait bien été transmise à Paris », confiera de son côté le Directeur régional des affaires culturelles, interrogé plus tard. « On avait indiqué au propriétaire de l'Odéon que l'Etat était prêt à verser des fonds pour la restructuration des salles. Mais on n'a reçu aucune proposition. Il ne faut pas oublier que le cinéma appartient à un privé », poursuit le haut fonctionnaire, présent durant toute la durée de la visite de son ministre de tutelle. En attendant, les employés du CNP fustigent « un centre-ville galerie marchande » privé de « cinémas d'art et d'essai ». « S'agissant de l'Odéon, je vais me pencher sur le dossier » a promis le ministre. A suivre.
S.M.
Quelques phrases
« La Turquie en Europe ? Je ne sais pas. Le matin, je pense que oui, l'après-midi, je suis contre et le soir, je pense à nouveau oui »
« Je ne fais pas d'anti-américanisme primaire : on peut porter des jeans, manger des Big Macs et lire Paul Valéry »
« Avec les portables, on se fait piéger en permanence ! La tension médiatique est permanente et une maladresse peut arriver »
« Hadopi ? Il y a des avertissements préalables et des mesures d'accompagnement »
« En Argentine, ce sont des Italiens qui parlent espagnol et qui se prennent pour des Anglais. C'est fascinant. On dirait l'Europe il y a quinze ans ! »
« Les musées ne doivent pas être des lieux d'intimidation sociale »