« Soixante-dix porcs à l'assaut du Quick halal de Villeurbanne ». C'est ainsi que titrait hier le site d'information communautaire Al-Kanz. Car l'action menée dimanche matin par « Rebeynes ! Jeunes Identitaires Lyonnais » n'a pas tardé à faire le buzz sur la toile grâce à sa mise en ligne hier. La vidéo avait déjà été visionnée par près de 10 000 internautes en début de soirée sur le site de partage YouTube.
Dimanche, peu après l'ouverture du Quick, situé 267, route de Genas, à Villeurbanne, environ 70 individus masqués sont entrés dans ce restaurant où l'enseigne mène depuis le 30 novembre une expérience commerciale en ne proposant que de la viande halal. L'initiative fait polémique depuis plusieurs mois en France et déchaîne les foudres de l'extrême droite. Les JIL ont donc décidé de venir marquer une action symbolique afin de protester.
Après un « testing », caméra au poing, pour vérifier qu'il n'est pas servi de porc dans les menus, les jeunes sont revenus en nombre avec des têtes de porcs. Provocation qui n'a pas été du goût du gérant, Karim Bouzenada (lire ci-contre). Il a essayé d'interdire l'accès à son établissement mais n'a pas pu s'opposer à l'envahissement. L'action s'est déroulée de manière plutôt pacifique. Les meneurs ont crié leurs revendications dans un porte-voix, incité leur troupe à entonner quelques slogans, avant de repartir dans le calme et en entonnant « première, deuxième, troisième générations, nous sommes tous des mangeurs de cochons ». Ils ont aussi promis de revenir si la chaîne ne changeait pas sa politique commerciale...
Chez Quick France, le service communication refuse de commenter cette intrusion. « C'est la première fois que cela se produit dans un de nos restaurants menant l'expérimentation », précise tout de même Valérie Reynal. Un test qui prendra fin en mai et dont l'analyse sera publiée courant septembre. Selon le gérant du restaurant villeurbannais, situé à la frontière avec Bron mais qui touche les consommateurs de toute l'agglomération, la fréquentation a d'ores et déjà triplé depuis le début de l'expérimentation ( « Le Progrès » du 16 décembre 2009).
Prévenue par le gérant du Quick, la police est intervenue mais l'action-éclair était finie et elle n'a pu que relever les témoignages. Seuls quelques bacs de fleurs cassés témoignaient du passage des manifestants. Une plainte a tout de même été déposée par l'enseigne.
Jean-Christophe Morera
jcmorera@leprogres.fr
« C'est dommage d'en arriver là »
« Je suis consterné, c'est vraiment dommage d'en arriver là. » Hier matin, Karim Bouzenada, gérant, se disait encore « sous le choc » après l'action conduite la veille par les Jeunes Identitaires de Lyon dans son restaurant. Les faits se sont déroulés peu après l'ouverture, à 11 h 15. « C'était calme, comme un dimanche matin ordinaire, raconte Karim Bouzenada, il y avait assez peu de clients, et de toutes les confessions », précise-t-il. A l'arrivée du groupe, le gérant anime, à l'étage du restaurant, sa réunion hebdomadaire avec huit personnes de l'encadrement. Dans le restaurant, cinq employés assurent le service. « Je suis rapidement descendu quand je les ai entendus arriver. Ils ont forcé l'entrée, m'ont poussé. Certains étaient agressifs, y compris avec la police », relate M. Bouzenada. Témoignant de « l'interrogation générale », il raconte que l'une de ses salariés lui « a dit en avoir fait un cauchemar ».
E. B.